La femme adultère

Ce sont les seuls mots écrits par Jésus… Jésus, le plus grand poète de tous les temps, le meilleur conteur d’histoires aussi, n’a pas voulu laisser de livres derrière lui. Il se « livre » à ses disciples : il leur laisse le soin d’écrire ce qu’ils voudront de lui. Jésus n’a jamais rien écrit, sauf ces quelques mots sur le sable. Mais qu’est-ce que Jésus a bien pu écrire alors ?

Que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre

Chacun a le droit de naître à nouveau

Ma maman, qui était souvent malicieuse, prétendait que Jésus écrivait le nom de tous ceux qui avaient partagé la couche de cette pauvre femme. Et au fur et à mesure qu’ils se reconnaissaient, les hommes
quittaient les lieux, tout honteux. Ce n’est pas si bête : Jésus sait que la culpabilité est toujours partagée, que nous sommes tous complices du mal qui détruit notre humanité.
Mais ce n’est pas trop son style de condamner ainsi de façon nominative les personnes. Même Judas, Jésus ne le dénoncera jamais !
Une version plus habituelle consiste à dire que Jésus est le doigt de Dieu, ce même doigt qui avait écrit les 10 commandements, et qui les écrit à nouveau, en particulier le foyer brûlant du décalogue : « tu ne tueras pas ! » Toutes les lois, même les lois religieuses doivent être relues à la lumière de ce phare : l’interdiction de tuer une vie humaine.
La première lecture me donne à penser que Jésus a peut-être écrit sur le sable ces mots du prophète : « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle ». Nous avons une mémoire de souris pour les bienfaits de Dieu, mais une mémoire d’éléphant pour les vices des autres… Jésus inaugure un monde nouveau, où chacun a le droit de naître à nouveau, où nous pouvons être libres de nos vieilles culpabilités, débarrassés des sentences que les autres ont prononcées sur nous… Je pense à cette communauté religieuse fondée par le Père Lataste où les anciennes prostituées et les ex-prisonnières côtoyaient les femmes venant des milieux les plus élevés. La règle était de ne jamais parler du passé. C’était la condition pour ouvrir un avenir libre à chacune !

père Laurent

5ème dimanche de Carême

La femme adultère

Il y a encore la version du père Juan David. En Grec, « graphein » peut signifier « écrire », mais aussi « dessiner ». Voilà : Jésus dessinait car il s’ennuyait comme un enfant rêveur à l’école. Jésus ne s’intéresse
pas à toute cette comédie. Mieux encore : il ne veut pas regarder l’humiliation de cette pauvre femme, et il ne veut pas non plus voir la perversité honteuse de ceux qui l’accusent. Il se souvient sans doute de cette prière merveilleuse de Habaquc : « tes yeux Seigneur, sont trop purs pour voir le mal » (Ha 1,13). Et quand il
lève enfin les yeux, il lave cette femme de son seul regard. Jésus sait que le vent va effacer les mots écrits sur le sable. Alors il va écrire encore un mot, une seule lettre : la croix. La croix crie au monde : « tu ne tueras pas ». La croix, c’est Jésus qui refuse à jamais de voir notre mal. C’est Jésus qui fait toute chose nouvelle et ainsi nous déleste du poids de nos péchés. Il écrit sur nos cœurs avec son propre sang. Et
rien ne pourra effacer de nos cœurs ces mots d’amour !

Jésus nous déleste du poids de nos péchés

père Laurent

2 avr. 2022

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